LA VALIDATION : un levier puissant en thérapie brève - Elisabeth Vanderhasselt
Un couple en séance : quand la communication tourne en rond
Marie et Paul arrivent en thérapie avec une impression partagée : « On n’arrive plus à se parler sans se disputer. »
Marie reproche à Paul son absence émotionnelle :
- « J’ai l’impression de toujours passer après ton travail. »
Paul se sent attaqué et réagit instinctivement :
- « Tu es injuste, je fais tout ça pour nous. »
Très vite, la discussion s’enlise. Marie insiste pour être reconnue dans sa souffrance, Paul se défend pour ne pas être perçu comme un mauvais partenaire. Chacun parle, mais aucun ne se sent entendu.
En thérapie, ce type d’échange est fréquent. Et pourtant, un simple changement de posture : « la validation émotionnelle » — peut transformer radicalement la dynamique. Non pas en trouvant immédiatement une solution, mais en opérant un véritable 180° dans la manière de communiquer.
En quoi consiste la validation ?
En thérapie brève, nous cherchons des leviers simples mais profondément transformateurs.
La validation émotionnelle en fait partie.
Elle consiste à reconnaître et accueillir ce que ressent l’autre, sans juger ni chercher à corriger immédiatement. Elle transmet à l’autre : « Je comprends ce que tu vis, et c’est légitime ». Elle se décline en 6 niveaux du plus simple au plus profond. *
Trop souvent confondue avec l’approbation ou la résignation, la validation est en réalité une compétence relationnelle puissante, capable de réduire la détresse émotionnelle, de restaurer la sécurité intérieure et d’ouvrir la voie au changement.
La validation comme outil central en thérapie de couple
Dans son livre Validation, la psychologue américaine Caroline Fleck montre à quel point le fait de se sentir compris — réellement compris — est un besoin humain fondamental. Sans validation, les émotions s’intensifient, les conflits se rigidifient et les relations se fragilisent. À l’inverse, lorsqu’une émotion est reconnue et accueillie, elle s’apaise naturellement.
En thérapie de couple, la validation émotionnelle représente souvent un véritable changement de cap, un 180° dans la manière de communiquer. La plupart des couples arrivent en séance en ayant appris — parfois depuis des années — à se défendre, se justifier, convaincre ou contre-attaquer.
Dans ce mode de communication, chacun parle depuis sa position, ses arguments et ses blessures, avec l’espoir d’être enfin compris. Mais plus chacun cherche à avoir raison, plus le sentiment de ne pas être entendu s’intensifie.
La validation propose un renversement complet : au lieu de chercher à être compris en premier, il s’agit d’essayer de comprendre l’autre.
Ce changement est souvent déstabilisant pour les couples. Valider l’émotion de son partenaire peut donner l’impression de perdre du terrain, de reconnaître une faute ou de renoncer à sa propre vérité.
En réalité, il s’agit d’un mouvement inverse : en validant, on sécurise la relation, ce qui permet ensuite d’exprimer ses propres besoins de manière plus claire et plus apaisée et ce qui permet aussi d’augmenter ses chances d’être entendu à son tour.
En thérapie de couple, la validation permet notamment :
- de désamorcer les escalades conflictuelles
- de rompre avec les schémas attaque/défense
- de restaurer un sentiment de sécurité affective
- de passer d’un rapport de force à une logique de coopération
Au début cela peut paraitre artificiel ou inconfortable, c’est normal. La validation n’est pas un automatisme, mais un apprentissage progressif.
Deux exemples concret en thérapie de couple:
Si je reviens à mon exemple de Marie qui reproche à Paul de ne jamais être présent émotionnellement.
Elle dit : « J’ai l’impression que je passe toujours après ton travail. »
Paul se sent attaqué et a envie de répondre : « Je fais tout ça pour nous, tu es injuste. »
Sans validation, l’échange dégénère rapidement : chacun se défend, le ton monte, et le sentiment d’incompréhension s’accentue.
Avec validation, le travail thérapeutique consiste d’abord à ralentir et à valider l’émotion :
Paul peut apprendre à dire : « Je t’entends dire que tu te sens seule et pas prioritaire pour moi, et je vois à quel point ça te fait souffrir. »
Cette validation ne signifie pas qu’il reconnaît être un mauvais partenaire, mais qu’il reconnaît l’émotion de Marie.
Une fois l’émotion apaisée, Marie devient plus disponible pour entendre Paul :
« J’ai besoin que tu comprennes que mon travail me met aussi beaucoup de pression, et que je ne cherche pas à t’éloigner. »
La validation permet ainsi de passer du reproche à l’expression des besoins, et du conflit à la coopération.
Autre exemple : se sentir contrôlé ou critiqué
Sophie reproche à Julien de ne jamais prendre d’initiatives à la maison :
- « J’ai l’impression de devoir tout gérer, comme si je vivais avec un enfant. »
Julien se sent humilié et réagit en se fermant ou en attaquant :
- « De toute façon, quoi que je fasse, ce n’est jamais assez bien pour toi. »
Sans validation, chacun reste enfermé dans sa position : Sophie se sent seule et débordée, Julien se sent incompétent et dévalorisé.
Avec validation, le thérapeute invite d’abord Sophie à reconnaître l’émotion de Julien :
- « Je vois que quand je te parle comme ça, tu te sens rabaissé et découragé, et ce n’est pas ce que je veux. »
Julien peut alors, à son tour, valider l’émotion de Sophie :
- « J’entends que tu es épuisée et que tu aimerais pouvoir te reposer davantage sur moi. »
Dans cet espace sécurisé, le couple peut enfin réfléchir ensemble à des ajustements concrets, sans que l’un se sente attaqué ou que l’autre se sente seul.
En résumé : quand être entendu devient un acte de transformation
En thérapie brève, le changement ne vient pas toujours de grandes prises de conscience ou de solutions complexes. Il naît souvent d’un déplacement subtil, presque invisible : une manière différente de se parler, d’écouter, d’accueillir. La validation émotionnelle fait partie de ces gestes simples qui transforment profondément la relation.
Valider, c’est offrir à l’autre un espace où il n’a plus besoin de se battre pour exister. C’est lui dire, parfois sans chercher à résoudre quoi que ce soit : « Ce que tu ressens a une place ici. » Et lorsque cette place est donnée, quelque chose se détend. Les défenses tombent. Le ton change. Le dialogue devient possible.
En thérapie de couple, ce moment est souvent décisif. Le conflit n’est plus un champ de bataille à gagner, mais un message à comprendre. La relation redevient un lieu de sécurité plutôt qu’un lieu de menace. Et c’est précisément dans cette sécurité que peuvent émerger des ajustements concrets, réalistes, durables.
La validation n’efface ni les désaccords ni les limites. Elle ne demande pas de s’oublier. Elle invite simplement à faire passer le lien avant la lutte, l’écoute avant la justification, la rencontre avant la victoire.
C’est pourquoi, en thérapie brève, apprendre à valider n’est pas un détail technique : c’est souvent le point de bascule. Celui où deux personnes cessent de chercher à avoir raison, et recommencent à se sentir reliées.
Et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour que le changement commence.
* les 6 niveaux de validation à lire dans un prochain article

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